Retour sur une conférence
En septembre 2001, je suis intervenu, dans le cadre d’une conférence destinée à un réseau de consultants et de professionnels de grandes entreprises françaises qui s’intéressent à l’approche systémique. Le Réseau Systémique, tel est son nom, est animé par Dominique Bériot. Il a consacré un ouvrage à cette approche, « Du Microscope au macroscope , ou l’approche systémique du changement dans l’entreprise » , Éditions ESF .
La conférence a été consacrée à un retour d’expérience d’une relation d’accompagnement auprès d’un dirigeant d’une grande entreprise demandeur d’une aide individuelle. Pour des raisons de confidentialité je garde anonyme le nom de cette personne et de son entreprise.
Le témoignage que nous avons réalisé durant cette conférence s’est fait à deux voix, celle de la personne accompagnée et la mienne. En ce sens, les participants à la conférence ont trouvé notre témoignage très enrichissant. En reprenant, l’article de Jean-Pierre Houillon paru dans la revue « Lecture Systémique » , je souhaite vous faire profiter des principaux enseignements de cette soirée.
La démarche suivie
Le résultat attendu de ce processus, limité à quelques mois et quelques séances de travail, était l’allègement de difficultés d’ordre relationnel rencontrées par le demandeur dans sa vie professionnelle et personnelle.
Le fil conducteur du travail réalisé avec le demandeur comporte les éléments suivants :
Comprendre sa demande et s’assurer de son engagement à atteindre un objectif de résolution du problème (cadrage)
Pouvoir décrire les situations posant problème à partir d’éléments factuels précis (recadrage)
En déduire une vision globale de la manière dont le demandeur s’organise pour résoudre ses difficultés (tentatives de solutions), dans le but d’éviter de lui prescrire « toujours plus de la même chose »
Faire établir une hiérarchie des situations (relativité) et créer des conditions afin de l’aider à prendre du recul
Clarifier les contraintes liées à un changement de logique de fonctionnement (changement de type 2)
Aider à échapper à l’engrenage du découragement et à accepter le stress lié au changement
Clarifier avec le demandeur son objectif minimum dans l’intervention, ainsi que les premiers signes d’un changement qu’il souhaite atteindre
Aider à la réflexion sur les conditions à rassembler qui rendraient un retour en arrière impossible
3 catégories d’interventions ont été réalisées au cours de l’accompagnement pour faciliter le changement :
Des interventions de procédures (les étapes de la démarche de résolution de problème : évaluation du degré de clientélisation du demandeur pour un changement, description concrète du problème à résoudre, identification des tentatives infructueuses de solution et de l’objectif minimum de changement)
Des interventions d’opportunité (recadrage pour donner des significations nouvelles à certaines situations ou croyances, desceller les briques de la vision du monde qui empêche d’accéder à de nouvelles façons d’agir dans les situations difficiles)
Des interventions stratégiques sous forme de t’ches à réaliser entre les séances afin de réaliser des expériences nouvelles permettant de voir le problème ou les solutions sous un autre angle.
Le ressenti du demandeur
Pour sa part, le demandeur a mis en évidence la nécessaire neutralité dont doit faire preuve l’accompagnant. Par exemple, l’aveu d’une grande empathie avec les sujets abordés peut être vécue comme contre-performante, notamment au cours des premiers entretiens.
Grâce à la qualité de la relation qui s’est mise en place, le demandeur dit avoir pu rompre avec le caractère absolu de sa logique de relation. Il a trouvé les capacités pour dédramatiser certaines situations et réduire la pression qu’elles exerçaient sur lui.
Au terme de 7 séances de travail d’une durée d’une heure, étalées sur six mois et enrichies de tâches précises à réaliser entre les séances, une solide relation de confiance et de travail s’est établie entre le demandeur et l’accompagnateur pour aboutir à des changements durables. Cette qualité de relation de travail a pu émerger en dépit du petit nombre de séances envisagé (10 maximum). Au départ, ce nombre de séances de travail était susceptible de générer des doutes sur l’intérêt de la démarche et des tensions en regard de l’objectif visé.
Aide individuelle et coaching : quel intérêt peut on viser ?
Dans un second temps, le débat avec l’ensemble des participants à la conférence, a porté sur le sens des termes qui ont cours aujourd’hui dans l’entreprise, aide individuelle ou coaching.
Il est ressorti que s’il est un terme un peu fourre-tout le coaching vise peut être davantage la performance de l’entreprise ou du demandeur et de son équipe, alors que l’aide individuelle s’intéresse davantage à la personne et à la gestion de ses difficultés relationnelles.
Dans les deux cas, l’accompagnement mis en place répond au besoin qu’éprouvent beaucoup de managers de disposer d’un effet miroir, d’une aide, pour comprendre et sortir des difficultés dans le système où ils sont insérés. Le travail mené permet de définir et mettre en place les stratégies relationnelles radicalement différentes pour dégripper des situations bloquées depuis un long moment.
Olivier Millet